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Pathologies psychiatriques transculturelles
Ce projet est conforme aux nouvelles données d’internet. Nos lecteurs sont en effet dispersés dans le monde entier.
Une psychiatrie portative ou une psychiatrie embarquée doit prendre en compte les formes cliniques exotiques des syndromes psychiatriques qui n’ont guère été répertoriées dans la nosographie psychiatrique occidentale. Ces quelques notes concernent donc les syndromes liés à une culture ou "culture-bound syndroms" :
Koro. La dépression des malais d’origine chinoise s’exprime sous la forme d’un fantasme ou d’un délire suivant quoi le pénis va s’atrophiant et s’invaginant dans l’abdomen avec un risque d’en mourir. Ces syndromes sont des formes limites de la mélancolie proches du syndrome de Cotard.
Latah. Forme de la dépression visible en Extrême-Orient et en Afrique du Nord : écholalie, échopraxie et approbativité qui pourrait en imposer à tort pour un syndrome de Pick.
Susto ou Espanto. La dépression dans les milieux indigènes des Hauts Plateaux des Andes se traduit par un repli dépressif sous l’influence des forces surnaturelles selon les guérisseurs de la région de Cuetzalan. Le syndrome touche également les "latinos" des Etats-Unis. Le susto équivaut au sentiment de peur, au stress post-traumatique ou bien à un état dépressif majeur
Windigo ou Wihtigo. La dépression dans les milieux Hopi et autre tribus indiennes d’Amérique du Nord, en particulier chez les Algonquins du Canada, prend la forme d’une sorte de lypémanie en ce sens que le délire consiste à se sentir transformé en un être cannibale.

La dépression occidentale comme syndrome transculturel !
La dépression et l’anxiété. L’angoisse.
L’anxiété est une peur sans objet. On a coutume de mettre en regard l’anxiété et l’angoisse et de les comparer.
L’angoisse se définit ainsi (le mot est issu du latin angustiae, resserrement et du grec agônia, agitation de l’âme) : c’est une peur sans objet, un état affectif douloureux, une attente inquiète et oppressante et une appréhension de quelque chose qui pourrait advenir. L’angoisse serait plus précisément le versant somatique et l’anxiété le versant psychique. Maintenant le terme d’angoisse indique plus volontiers l’intensité et la profondeur du symptôme.
L’anxiété (issue du latin anxietas, disposition inquiète) est donc le versant psychique de l’angoisse. Ce terme en effet soulignait autrefois le pôle psychique de la peur sans objet. Le terme désigne maintenant de plus en plus des manifestations plus superficielles que celles de l’angoisse proprement dite. On connaît différentes formes cliniques de l’anxiété : crise d’angoisse aiguë, attaque de panique, angoisse névrotique, angoisse psychotique (angoisse de morcellement)
La dépression est un syndrome omniprésent dans la culture occidentale au point d’occulter l’immense variété des troubles psychiatriques. Ce diagnostic est bien souvent attribué à tort ou avec excès.
Mais voici qui me paraît plus important : les personnes issues d’autres cultures ne manifestent pas de façon comparable les affects dépressifs et la douleur morale. Aussi peut-on légitimement considérer a contrario la forme occidentale de la dépression comme une forme clinique transculturelle. Les occidentaux, en phase pathologique, fantasment plus et cultivent en outre excessivement la douleur morale !
Beaucoup de formes cliniques doivent être pensées sous l’angle de la psychiatrie transculturelles. Le champ séméiologique de l’anxiété et de la dépression mineure par exemple sont la manifestation d’un véritable syndrome transculturel occidental. Les études récurrentes à propos des rapports de la co-morbidité entre anxiété et dépression ont une importance uniquement dans la culture occidentale.
La psychose nuptiale des pays musulmans. L’enjeu de la maladie et de sa résolution réside dans une sorte de négociation entre des "djinns".
Ce syndrome typiquement hystérique a été étudié en Egypte par Bruno Lewin en 1957 mais nous connaissons des cas étudiés en France soit parmi la population immigrée soit auprès de consultants venus exprès pour cela du Maroc ou d’Algérie (j’ai suivi par intermittence deux cas typiques).
Le "syndrome de Porto-Rico" ou "mal de pelea". Syndrome hystérique bien qu’on ait invoqué une maladie cérébrale organique autonome ! Ce syndrome a été bien décrit par les médecins militaires américains.
La "Maladie des Partisans" ou "partizanska bolest". Elle se déclaraient parmi les partisans yougoslaves comme un mal en fait comparable au syndrome russe des tranchées de la guerre 14.
Amok. Ce syndrome dépressif est célèbre. Le raptus anxieux est observé Polynésie et dans toute l’Asie du Sud-Est. Il prend la forme d’un état de fureur avec déambulation et agressivité meurtrière. On dit alors "Il fait son Amok". Il est difficile de préciser s’il s’agit d’un raptus anxieux névrotique ou d’une manifestation de la décompensation psychotique type bouffée confuso-délirante.
Kayaksvimmel ou Piblokto. Décrit initialement par FREUCHEN puis BERTELSEN, apparenté à l’hystérie par ELLENBERGER, il serait devenu maintenant anecdotique transformé par l’acculturation et l’alcoolisme endémique.
Le Piblokto appartient aux cultures cousines du Groenland.
La crise de Kayakvimmel. Elle est déclenchée par une émotion vive, frayeur et colère. Elle débute brusquement : le patient est envahi par une agitation furieuse. Il déchire ses vêtements et se met à courir, nu, sur la glace ou sur la neige. Il frappe tout autour de lui et peut devenir dangereux. Il est capable de blesser ou de tuer un enfant et de briser à coup de marteau des récipients avec toutefois des mesures de précaution utiles. Les psychiatres danois décrivait chez les groenlandais un manque de maîtrise de soi, une impulsivité explosive, de la frustration sexuelle et de la jalousie féminine, de la suggestibilité et une tendance à l’imitation, de la labilité affective. Ces populations faut-il le rappeler avaient une vie si dures qu’il était parfois, autrefois, nécessaire de sacrifier les plus faibles en les abandonnant sur la banquise.
PEARY cite quant à lui le cas d’une patiente en crise de Piblokto qui tout en imitant des cris d’animaux cherchait frénétiquement à marcher au plafond de son igloo.
Des arguments viennent immédiatement à l’esprit des cliniciens. Ce monde était celui de la souffrance mentale chronique, de la perte de repères identitaires et de l’acculturation à marche forcée. Ce monde était hostile et glacial. La nuit hivernale y dure six mois et les traditions animistes imprègnent encore profondément les mentalités. Tout s’oppose à la « world culture » tandis que la médecine et la psychiatrie sont priées de s’adapter.
Le Kayaksvimmel et le Piblokto (on écrit maintenant Pibloktoq) sont donc habituellement classées parmi les phobies ou les hystéries. Mais cela me paraît discutable. Pour moi le Piblokto est une forme de la schizophrénie féminine en milieu Inuit se traduisant par des agressions meurtrières ou des suicides spectaculaires. Je rappelle qu’en Occident les suicides spectaculaires et surtout les suicides altruistes sont au contraire plus volontiers mélancoliques.
Formes transculturelles des psychoses schizophrénique et des psychoses délirantes aiguës. Il existe une problématique comparable dans le champ des psychoses mais les variations transculturelles sont moins claires que dans la dépression. Ainsi les schizophrènes manifestent-ils des décharges comportementales violentes de façon plus fréquentes sous certains climats (comme dans le Piblokto). Chacun connaît d’autre part la fréquence des décompensations sous la forme d’une bouffée délirante dans les pays africains et maghrébins. cette observation clinique est si ancienne et si classique que je n’y insiste pas.
Pour en savoir plus : Lire le développement dans l’article : PSYCHIATRIE EMBARQUEE
Je suis psychologue actuellement en mission en Thaïlande pour travailler auprès des réfugiers Birmans (ou plutôt Karen, Mon et Kareni.
Remarque Votre question nous incite à réfléchir à l’utilité d’une psychiatrie transculturelle ? Mon texte se présente comme une liste de diagnostics exotiques intimement liés à telle ou telle culture. Néanmoins nous ne pouvons pas occulter ceci : notre psychiatrie, la médecine occidentale et la psychiatrie occidentale sont indépassables. Tous les diagnostics évoqués dans mon texte doivent être absolument rapprochés de ceux que nous avons mis en place depuis 1880 c’est à dire depuis le siècle d’or de l’Ecole Française puis de l’Ecole kraepelinienne, puis des apports psychanalytiques, puis l’avènement de la psychopharmacologie à quoi succède aujourd’hui l’Ecole dite américaine. La promotion des grandes entités transculturelles s’est mise en place pendant des siècles : elles se sont installées dans des zones géographiques et culturelles immenses. Il faut donc rapprocher les formes d’expression psychopathologiques des réfugiés Birmans Karen, Mon (je suppose que vous voulez dire les Mongs qui sont nombreux en France) et Kareni, de ce qui existe dans le monde asiatique boudhiste comme par exemple le Koro. La dépression des malais d’origine chinoise s’exprime sous la forme d’un fantasme ou d’un délire suivant quoi le pénis va s’atrophiant et s’invaginant dans l’abdomen avec un risque d’en mourir. Ces syndromes sont des formes limites de la mélancolie proches du syndrome de Cotard. et le Latah. Forme de la dépression visible en Extrême-Orient et en Afrique du Nord : écholalie, échopraxie et approbativité qui pourrait en imposer à tort pour un syndrome de Pick. Ceci signifie que dans le monde asiatique en particulier chinois prédomine une peur physio-anatomique de modification du sexe et de l’abdomen c’est-à-dire que le trouble psychique est vécu de façon ‘opératoire’ et alexithymique Dr Fineltain
Bonjour Dr Fineltain,
Etant étudiant en DESS de psychopathologie, je rédige mon mémoire sur un cas clinique souffrant de délire mystique. Celui - ci trouverait sa source en une pratique de la méditation hindouiste de type "raja yoga". Auriez vous des informations sur ce sujet ?
Avec tout mes remerciements, S.KAST
Vous dites bien trop peu de choses sur ce cas. Le raja yoga est une forme de yoga qui permet d’acceder, selon les pratiquant (mais c’est le cas pour toute forme de yoga) au divin. Je comprends que cette notion puisse paraitre etrangere a un esprit occidental, mais ce que votre message suggere, c’est que vous faites un amalgame entre perception de Dieu et delire. Or, a moins de considerer, et ca me semble dangereux, que tous les mystiques sont en realite en proie a des delires, il manque dans votre enonce des elements. Bien cordialement,
Arnauld
Je pense que vous souhaitez re-formuler votre question d’une façon plus explicite
Dr Ludwig Fineltain Neuropsychiatre 100534.355compuserve.com fineltainlyahoo.fr "Bulletin de Psychiatrie" http://ourworld.compuserve.com/homepages/fineltain_ludwig
Cher Dr Fineltain,
J’espère que ma question ne sera pas hors-sujet par rapport aux pathologies psychiatriques transculturelles.
En tant qu’universitaire ( MCF en littérature allemande), je travaille sur la poétesse Else Lasker-Schüle qui a fini ses jours à Jérusalem en 1945 dans un exil forcé, la Suisse lui ayant refusé un visa de retour. Cet exil a coïncidé avec l’aggravation d’une paranoïa préexistante et un basculement progressif dans le délire. Else Lasker-Schüler confondait Berlin et Jérusalem et accusait l’Agence juive des pires persécutions sans qu’il existe à cela le moindre fondement.
Savez-vous s’il existe en psychiatrie un lien entre exil/ paranoïa et délire. Je pense qu’on peut exclure dans le cas présent le "syndrome de Jérusalem" dont les symptômes me semblent différents. Quel est votre avis sur la question ?
Merci de votre éclairage.
Benoît Pivert
Exil, paranoïa et délire ?
Oh la la ! Nous sommes tout à coup projetés vers les sommets de la discussion en psychopathologie. Je suggère de poursuivre ce débat dans des emails privés "en colloque singulier". Mais toutefois avant d’entrer dans les détails je souhaite faire cinq remarques : 1) Cette étude n’est pas éloignée de nos affaires transculturelles mais n’y appartient pas ’stricto sensu’. 2) Je ne connais pas Else Lasker-Schüle alors que je me suis quelque peu intéressé aux écrivains et poètes de la suisse alémanique. Je me suis aussi intéressé aux écrivains qui furent pourchassés en Allemagne et en Alsace et qui réussirent à s’exiler (encore que nombre d’entre eux comme Claude Vigée ont choisi d’écrire en langue française). Ainsi chacun sait que le grand poète de langue allemande Paul Celan souffrait par épisode de troubles psychiques et que finalement il s’est jeté dans la Seine. Je connais par ailleurs un certain nombre de personnes qui ont été refoulés à la frontière suisse pendant la guerre parce qu’ils avaient en somme plus de 16 ans mais je ne connaissais pas l’interdiction du retour. Quelle est donc la notoriété de cet auteur ? Est-elle originaire de la ’Thurgau" ? Etait-elle protestante ou juive ? Pourquoi le refus du retour en Suisse ? Ai-je bien compris cette information étonnante ? 3) Il faut bien entendu écarter le syndrome de Jérusalem expérience tout à fait extraordinaire qui est au fond une sorte de raptus anxieux grave ou de bouffée délirante issue d’un choc émotionnel non maîtrisable. Je précise à ce sujet qu’en l’an 2000 Israël avait mobilisé à Jérusalem tous ses psychiatres et psychologues pour faire face à une pandémie de ce genre et qu’en fait il y a eu beaucoup moins de syndromes que prévus. 4) Tout ce que je peux dire c’est que la bouffée délirante et certains délires chroniques qui s’ensuivent -comme suite ou complication de la bouffée- résultent d’un processus inverse. L’homme qui provient d’une civilisation archaïque, animiste ou superstitieuse -maraboutage, vaudouisme, djinns, esprits de la forêt, ’gadesdzaffaires’ etc.- débarquant dans une civilisation sophistiquée du genre Saint-Germain-des-Près est susceptible un jour ou l’autre d’élaborer ou de transformer une crise d’angoisse en bouffée psychotique confuso-délirante grave qu’il faut absolument distinguer de la schizophrénie et de la paranoïa délirante. 5) Il est très difficile d’observer une relation entre exil, paranoïa et délire. La problématique de l’exil est avant tout une fragilisation du psychisme mais cela ne constitue pas pour autant une propension à la psychose. Mes référence cliniques ne sont pas dans la littérature mais parmi des observations cliniques que j’ai faites en 1973 parmi les dissidents russes qui avaient été martyrisés par les psychiatres soviétiques : ils furent accueillis à Paris. Certains d’entre eux voyaient le KGB partout à chaque carrefour de notre merveilleuse capitale ! Que dire ? "Le malheur au malheur ressemble" : je n’ai pas eu l’occasion d’étudier les suites psychiatriques.
Ma conclusion provisoire consiste donc à contester le lien.
Je dois dire que je vais peaufiner mon étude parce le cas de cette poétesse me surprend vraiment.
Dr Ludwig Fineltain Neuropsychiatre (Paris) 100534.355compuserve.com fineltainlyahoo.fr
"Bulletin de Psychiatrie" http://ourworld.compuserve.com/homepages/fineltain_ludwig
"MMT"
Les Médecins Maîtres-Toiles
http://www.mmt-fr.com/
Oui il y a a beaucoup d’études sur le syndrome de Jerusalem. C’est le Dr Yaïr Bar-El, psychiatre, ancien directeur de l’hôpital de Kfar Shaul à Jérusalem et à l’heure actuelle chef des services psychiatriques régionaux au ministère de la Santé, qui a, le premier, identifié ce syndrome. Sur la base d’une enquête menée auprès de 470 touristes momentanément aliénés, orientés vers Kfar Shaul entre 1979 et 1993, le Dr Bar-El est parvenu à de fort intéressantes conclusions.
Il s’agit dans mon esprit de bouffées confuso-délrantes aigues chez des personnes sensibles qui n’avaient sans doute pour la plupart d’entre eux jamais eu de troubles psychotiques. Quant à la bibliographie je ne l’ai pas sous la main. Une méthode très simple consisterait à la rechercher en anglais dans Pubmed (Medline) qui recueille tous les articles depuis 1972 ou encore dans Google ou bien dans Scholargoogle
Dr Ludwig Fineltain Neuropsychiatre (Paris) 100534.355compuserve.com fineltainlyahoo.fr
"Bulletin de Psychiatrie" http://ourworld.compuserve.com/homepages/fineltain_ludwig
Bonjour,
Qu’en est-il de l’anorexie mentale dans les cultures qui valorisent les corps féminins charnus ? Retrouve-t-on cette pathologie ? A quelle fréquence ?
Qu’en est-il de l’anorexie mentale dans les cultures qui valorisent les corps féminins charnus ? Retrouve-t-on cette pathologie ? A quelle fréquence ?
Oui j’ai eu quelques cas de ce genre. Je vais chercher dans mes archives. Il s’agissait de 2 patientes marocaines venues consulter à Paris Fineltain
> Pathologies psychiatriques transculturelles
Bonjour, Le syndrome de Cotard n’est-il qu’une dépression ? Je m’en souvenais comme étant une paranoia avec idées mélancoliques Dr.Ducret
Vocii comment je le définis "stricto sensu" dans mon "Glossaire de Psychiatrie", 2000
Délire de négation de Cotard. Négation délirante de l’existence d’une personne, d’un événement ou de la présence des organes ou bien, parfois, transformation paradoxale, impression d’énormité des organes. Ce délire est caractéristique de la mélancolie. Avec les hallucinations négatives, il constitue le syndrome de Cotard.
Donc finalement : Vous le trouverez de préférence immergé dans la mélancolie (ou parfois dans la schizophrénie : dans ce cas c’est plus volontiers un sentiment d’être doté à l’intériezur de soi d’une puissance planétaire que l’inverse). Il est assez difficile d’y voir un processus paranoïaque
Dr Ludwig Fineltain Neuropsychiatre (Paris)
J’aimerais connaître des études de cas de personnes transplantées du Viet-Nam en Europe (France notamment) et sujettes à de sévères difficultés difficilement "dicibles" pour des raisons évidemment transculturelles.
Merci de votre aide. Elle pourrait m’aider à pouvoir aider moi aussi.