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Internet médical français : le désert progresse.
Il a fallu 2 ans (1999-2001) pour que l’on comprenne que le réseau des réseaux n’était pas une machine à sous. Pour autant, a-t-on compris en 2005 qu’il reste un fantastique outil toujours sous-employé : efficace, économique, simple, universel ?
Pour l’instant, la seule application Internet mise en place à grande échelle dans le monde de la santé est le réseau Sésame Vitale [1]. Et encore, les seuls applicatifs développés ont été ceux qui déportaient le travail de saisie des caisses vers les professionnels de santé (PS). Aucune des fonctions qui auraient pu faciliter le travail des PS n’a été mise en œuvre, malgré un budget de développement proche du milliard d’euros.
Les lignes qui suivent font le point sur l’Internet médical francophone. Les réalités à l’étranger sont tout autres, notamment aux États-Unis qui ont ouvert en grand les portes du savoir médical sur la Toile [2].
Nous avons vu tout récemment avec l’affaire de la bibliothèque universelle Google qu’il faut en France une stimulation extérieure pour que nos autorités découvrent l’existence du Web.
Les quelques enquêtes disponibles (et bien peu fiables) sur l’usage du Web par les PS montrent une réalité simple : ceux-ci n’ont ni le temps, ni l’envie d’utiliser le Web comme outil professionnel. Et on les comprend ! Le PIMF est quasiment désert, malgré les sommes considérables investies globalement dans la culture médicale, l’amélioration de la qualité des soins de ville ou l’information santé du public.
Les rares pôles d’excellence sont créés ou gérés par des individus (plus souvent que des groupes) qui ont compris la logique et l’intérêt du Web pour la santé.
Il faut distinguer les créateurs de contenus, qui fabriquent l’information, et les trouveurs, qui permettent à l’utilisateur de la trouver parmi les milliards de pages disponibles.
Le catalogue du CHU de Rouen (CISMeF) est le pionnier du genre. Il a su rester simple, efficace, et discret dans la qualité. La petite équipe du CISMeF recense les pages intéressantes, les classe, les commente et constitue un remarquable annuaire doublé d’un moteur qui cherche sur l’ensemble des pages indexées par l’annuaire. Ayant optimisé sa visibilité dans Google, le CISMeF contribue largement à l’information du grand-public. En fait, le CISMeF n’est limité que par une chose : la rareté des contenus indexables comme nous le verrons plus loin.
http://www.chu-rouen.fr/cismef/
Google France arrive ensuite. Il peut sembler curieux de placer en deuxième position un moteur généraliste. Mais dans la mesure où l’essentiel de la matière médicale utile francophone disponible se trouve éparpillé au sein d’une myriade de sites trop disparates et changeants pour être indexés par un annuaire, un outil comme Google, capable d’apporter de façon simple des réponses documentaires souvent pertinentes aux questions médicales posées, devient fondamental.
http://www.google.fr
HonSelect est le 3ème trouveur grâce à sa petite équipe suisse qui permet de faire une recherche dans Medline en français et en rectifiant les fautes d’orthographe.
http://www.hon.ch/HONselect/index_f.html
Le drame du PIMF est sa pauvreté en contenus : les principaux textes ne sont pas accessibles directement sur le Web. Les raisons en sont multiples.
Une mauvaise connaissance de l’outil par les agences publiques
Deux exemples montrent à quel point la mauvaise connaissance du Web et l’utilisation inadaptée des fonds publics ont pu contribuer à notre retard.
L’ANAES, qui aurait pu être une bonne source de guides de bonnes pratiques cliniques, s’est évertuée à faire rédiger des textes illisibles et donc inutilisables, en allant jusqu’à les protéger par copyright jusqu’à une date récente, tuant ainsi toute velléité de réécriture pédagogique par des tiers mieux entraînés à la rédaction. Ce comportement absurde a sans doute été une des principales causes du retard français dans la constitution d’une base de référentiels médicaux utilisables par les PS.
Les Agences du médicament françaises successives se sont trop longtemps révélées incapables de mettre en ligne les résumés des caractéristiques produits (équivalent des monographies du Vidal) des médicaments commercialisés en France. Ce n’était pourtant pas difficile ni onéreux. Pire, les fiches existantes ne sont pas correctement recensées par Google faute d’une mise en ligne adaptée, comme si on avait voulu les cacher !
L’absence de financement pour les contenus existants
La production d’articles médicaux francophones est considérable, mais aucun éditeur n’a été aidé financièrement pour mettre en ligne gratuitement son contenu. Et l’on ne peut demander à une société commerciale de donner ses produits sans contrepartie. Il aurait fallu une volonté politique forte pour arrêter de financer des projets inutiles et apporter des capitaux à ceux qui avaient déjà créé des contenus de qualité. Mais c’est une grande constante française de vouloir tout réinventer dès qu’un financement est débloqué. Aucun budget notamment n’a été prévu pour acheter les droits de traduction de nombreuses sources de référentiels anglosaxons de grande qualité qui restent inaccessibles à la majorité des PS pratiquant mal la langue anglaise.
On aurait pu aussi espérer de la part des éditeurs francophones une mise en ligne de leurs archives passé un certain délai, à l’instar de nombreuses revues anglosaxonnes. Malheureusement, il semble que toute la matière médicale francophone soit destinée à jaunir sur les étagères des bibliothèques universitaires.
Le mélange des genres
De nombreuses sociétés savantes méritent bien peu ce qualificatif, leur principale activité consistant à nouer des partenariats avec l’industrie pharmaceutique. Les mandarins d’antan sont devenus des « leaders d’opinion » puis des « dealers d’opinion » et la frontière entre l’information et la promotion devient quasiment impossible à tracer. Les sociétés savantes francophones qui gèrent un site Internet de qualité et emploient une partie significative de leur énergie à aider les PS à faire le tri dans les connaissances médicales de leur spécialité constituent l’exception.
Et il vaut mieux ne pas parler des regroupements de patients ou de professionnels autour d’une pathologie qui sont trop souvent financés et donc contrôlées en sous-main par l’industrie pharmaceutique, voie de facilité qui les prive de toute crédibilité scientifique
Pourquoi mettre l’accent sur l’accès libre ? Tout simplement parce qu’un accès protégé par un mot de passe rend impossible l’indexation par Google (ou tout autre moteur de recherche) et donc l’identification de la ressource par l’utilisateur. Or une page non indexée par Google doit être considérée comme inexistante. Aucun PS ne peut passer du temps à mémoriser le contenu potentiel de chaque site fermé. Il est en ainsi comme du papier : une revue médicale non indexée dans Medline est inexistante sur le plan scientifique. Ne seront donc cités ci-dessous que les sites indexés dans les moteurs de recherche. Il est bien sûr impossible de faire une revue exhaustive de la e-santé et de nombreux sites de qualité ne sont pas cités.
Sociétés savantes
Certaines sociétés savantes offrent en ligne un contenu de grande qualité, par exemple :
la société française d’anesthésie réanimation ;
la fédération nationale des centres de lutte contre le cancer et ses nombreux « Standards, options, recommandations » ;
la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie .
UMVF
L’Université Virtuelle Médicale Francophone n’en finit pas de naître... En attendant, quelques universités mettent à disposition le contenu de leurs cours, qui constituent souvent la seule référence francophone disponible sur le sujet.
Initiatives individuelles
En pratique, la majorité des contenus médicaux de qualité sont produits par des individus passionnés et souvent bénévoles. Beaucoup sont regroupés dans l’association que j’ai l’honneur de présider et leurs pages sont accessibles à tous.
Quelques exemples marquants parmi des centaines :
le site personnel du Dr Aly Abbara mêle étroitement médecine, art et voyages ; il contient le plus bel atlas d’échographie fœtale du monde francophone, chaque image faisant l’objet d’une animation pédagogique ;
le docteur Didier Mennecier gère le site de référence francophone sur l’hépatologie ;
les docteurs Dr Eric Pierard et Mohamed Denguezli ont chacun créé un atlas de dermatologie qui constitue une base iconographique incontournable ;
le site Psy-Désir fondé par les Dr Bernard Robinet et Jacques Louÿs, constitue une base de donnée d’une richesse inégalée dans le domaine de la psychiatrie.
| Les atypiques : small is beautiful Orphanet : montre que des agences gouvernementales peuvent produire des sites de qualité, pour peu qu’un petit groupe efficace et motivé soit gestionnaire du projet. Annuaire Sécu : ou comment un agent isolé fait mieux que le mastodonte www.ameli.fr |
Le paysage internet médical français en est encore à sa préhistoire. Et pourtant, les outils sont prêts, peu onéreux et largement disponibles. Il faudra encore quelques années pour que tous comprennent son intérêt et s’affranchissent du modèle « papier » qui suit des règles très différentes. Le plus tôt sera le mieux.
[1] Le réseau Sésame Vitale fonctionne grâce au protocole TCP/IP, qui est celui utilisé par les différents services internet comme le Web, l’email, le FTP, les newsgroups
[2] Le principal artisan de cette accès élargi, notamment à la base de données bibliographique Medline, a été l’ex vice-président Al Gore.
Bonjour Paul,
L’exception qui confirme la règle est toujours un ami 
Bravo pour cette analyse pertinente de l’Internet Médical.
Par contre je ne suis pas d’accord avec vous sur l’antinomie entre accès réservé payant et référencement sur Google, il existe une façon "de bien faire" un site internet pour que cela soit possible, nous l’avons fait.
Je pense que les blocages sont plus complexes, comme la peur de la part de la pluspart des éditeurs, mais aussi des auteurs, du piratage, de la diffusion de leur "trop précieux" texte. Les craintes régulièrement véhiculés, depuis le debut d’Internet, par les média n’y sont pas étrangères. Par ailleurs, il y a toujours un reflexe "élitiste" dans lequel l’information doit être réservée à ceux qui ont le "droit de savoir", celui-ci est un frein essentiel à la diffusion de l’information.
Les médecins ont souvent peur d’être confronté à un patient bien informé, et préfère toujours avoir à faire à des "ignorants"....
Quant à l’accès libre à l’information, la diffusion sur Internet représente des coûts, certes inférieurs aux coûts d’une diffusion papier, mais qui ne sont pas nul... Tout travail méritant un salaire, il faut bien que quelqu’un finance... le système le plus indépendant, me semble quand même être un financement venant des lecteurs.
Bonne continuation...
PS : Je suis moi-même médecin et à certains moments patient
mais aussi éditeur.
Pléthore... plutôt que désert ??
Et si on demandait aux PS ce qu’ils attendent du Net....
Schématiquement, je pense que pour un PS le Net peut se subdiviser en deux accès : en cours de consultation et hors consultation.
En cours de consultation, surtout pour les MG qui doivent gérer un nombre plus important de situations et pathologies, un accès rapide sur des fiches synthètiques (mises à jour) sur les pathologies, les syndromes, les bilans, les médicaments ;; ; bref du pratique court, clair... en quelsques secondes sur un seul site indépendant 
Hors consultation, c’est vouloir mettre à jour ses connaissances càd une FMC volontariste et l’anglais est souvent nécessaire mais les outils existent
Enfin... et surtout, restent les problèmes de copyright et d’accès libre...
H. Raybaud
Il est finalement assez normal que ce pamphlet - encore qu’énoncé sur un ton parfaitement calme, ce qui ne lui donne que plus de force - il est finalement tout à fait significatif, dis-je, que ton factum ait été refusé par au moins un organe de la presse médicale. C’est qu’il tranche avec le "politiquement correct" et même, au second degré, qu’il se démarque trop évidemment des propos parfaitement convenus des prudents manieurs professionnels du "politiquement incorrect".
Permets-moi de te dire que j’ai été spécialement sensible au passage dans lequel tu plaides pour la liberté d’accès à l’information sur les sites de santé, ayant eu moi-même jadis à ferrailler quelque peu là-dessus. Et nous restons loin du compte, n’est-ce pas.
Dans un commentaire, Denise, à son habitude, met le doigt sur l’essentiel : "Beaucoup de personnes s’inquiètent : du contrôle de l’information, de la sécurisation des données, et de la rentabilité - alors que la vraie question est : comment pratiquer une meilleure médecine ?"
J’ai cependant un peu peur, Denise, que tu ne voies ce progrès que dans l’encadrement du praticien (et du patient...) par des organes de contrôle de plus en plus vigilants et contraignants issus des NTIC.
Suivez mon regard en direction du DMP, ou en direction du réseau (devenant inextricable) des RPC, évidemment issues de l’EBM, cet avatar nouveau de la "vérité révélée", tout aussi contingent que ses devanciers.
Les infirmiers aussi devraient s’y mettre. L’éducation fait partie de leurs objectifs. Les technologies sont de plus en plus accessibles (Weblog). Je viens de créer mon premier blog : Maintenir le cap. Je serai heureux de vos avis pour améliorer ce premier essai.
Internet est un outil très certainement extraordinaire pour l’avenir de la santé. Relevons nos manches.
Bravo pour votre investissement.
J’ai bien sûr mis un lien vers l’article sur la déclaration du patient.
Enfin, quelles sont les conditions pour faire partie de votre réseau ?
Bonjour Dominique,
Un exemple du manque de soutien à l’Internet médical français : ce matin je me suis accordé une pause devant LCI après ce chaud week end. Thème du débat de Valérie Expert, la chirurgie esthétique, après le décès d’une patiente à Bordeaux. Participants : une avocate et le Dr Nahon. Tous deux dénoncent vigoureusement la pratique de la chirurgie esthétique par des médecins non qualifiés. "Oui, mais comment s’assurer de leur qualification ?" demande ingénue l’animatrice, très difficile répondent les deux invités sans citer ni l’un ni l’autre, l’existence de l’annuaire online du CO. On peut penser ce que l’on veut de cette vénérable institution, mais au moins ont-ils fait cet effort. Le paysage est trop désertique pour que les grands media négligent de nous en indiquer les oasis.
Merci Dominique pour cet écrit.
En effet, tu fais référence aux applications de l’internet médical et c’est cela qui est intéressant, au delà de toute considération des contenu purement informatifs : qu’est-ce que l’informatique connectée permet de faire ou de mieux faire ?
Beaucoup de personnes s’inquiètent : du contrôle de l’information, de la sécurisation des données, et de la rentabilité — alors que la vraie question est : comment pratiquer une meilleure médecine ?
Bonjour Denise,
Ta question est tellement intéressante, fondamentale, que cela me dérange presque d’y répondre ici. Si tu pouvais écrire un court papier sur le sujet, ne serait-ce que pour l’introduire, cela nous permettrait de lancer ce débat dans un autre article.
Mais pour répondre à ta question : dans le monde francophone, et à quelques exceptions près, l’informatique connectée ne permet par d’accéder à des outils améliorant la pratique de la médecine.
| Il aurait fallu une volonté politique forte pour arrêter de financer des projets inutiles et apporter des capitaux à ceux qui avaient déjà créé des contenus de qualité. |
De mon point de vue C’est le constat le plus important. La France manque de volonté politique. On peut en observer les conséquences funestes dans d’autres domaines : la recherche par exemple. J’ai observé par exemple que nous ne possédeons pas de vrais outils médico-sociaux pour faire face à des menaces de terrorisme massif etc. Tout cela est une question de prévoyance, de volonté politique et de courage intellectuel. Dans l’internet tout ceci est flagrant.
Dr Ludwig Fineltain Paris
Publier le 18 juin un appel en faveur du web médical est tout à ton honneur, Dominique.
Bien sûr qu’il s’agit là d’un outil sous-employé car sous-estimé par beaucoup de nos dirigeants.
Je pense que l’avenir viendra des petits jeunes qui sont nés avec l’ADSL et qui s’en servent comme nous utilisons le téléphone.
Les ophtalmos ont beaucoup de projets qui vont sortir des cartons dans les mois à venir.
Amicalement jmm
Bravo Dominique pour la justesse et la rigueur de ton article mais l’inertie française est telle qu’il faudra encore une bonne décennie à nos "dirigeants" pour comprendre que l’on peut aussi faire de la "bonne" médecine avec le web et ses nombreux outils.
Douste-Blazy a lancé la folle idée du eDMP à l’horizon 2007 alors que les USA se donnent 10 ans pour ce chantier gigantesque mais c’est vrai que le petit
cardiologue de Lourdes croit aux mirages
))) Ce n’est qu’un exemple.
En tout cas, en France, on est obligé de mouiller sa chemise pour arriver à qq chose, c’est toujours ainsi mais on a l’habitude, pfff ...
Rémy Louvet
Je ne comprend pas bien le sens de ces messages.Pourrais-je, avoir une explication simple ; sur les benefices que je peux avoir en lissant ces articles.
Une personne intentionnée pour s’incrire à ce site.
Dominique Kasonga Mobile :+243 9945407 E-mail:domi_kasyahoo.co.uk Compte Celpay:6277541110292600
Thanks !
)
Merci pour cet article.
Tout à fair d’accord avec ton analyse pertinente Dominique.
Ce qui me semble important, c’est bien l’accès libre au contenu, et je suis triste quand je retrouve des sites qui dans un premier temps pouvaient se lire, puis ensuite, disparaissent sous un code ou un abonnement ..
Bernard Robinet "Psy désir"