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Fatigue et Somnolence
La somnolence se définit comme un "État intermédiaire entre la veille et le sommeil caractérisé par une tendance irrésistible à l’assouplissement si la personne n’est pas stimulée". [1] En pratique, c’est ce que l’on ressent lorsqu’on a besoin de dormir.
Il devient de plus un plus difficile de rester éveiller et seul le sommeil permet de répondre efficacement à ce besoin en restaurant durablement la vigilance.
La fatigue est une sensation d’affaiblissement physique ou moral qui survient à la suite d’un effort soutenu. Seul le repos permet de répondre efficacement à ce besoin et restaure un bon niveau de performances. (La fatigue nerveuse, par exemple, se manifeste par une baisse de l’attention et de la concentration qui survient toutes les deux heures comme le montre le rythme des récréations...).
Le soir, lorsqu’un enfant se dit « fatigué », on lui conseille d’aller dormir.
Il s’agit bien, ici, de la même chose car le coucher va lui procurer la double satisfaction de se reposer et de s’endormir.
Dans d’autres circonstances pourtant, ce ne sera pas toujours le cas. De retour d’une longue promenade, par exemple, l’enfant peut se dire très fatigué sans pour autant avoir sommeil, (ce qu’il ne manquera pas de manifester si on lui propose d’aller dormir).
L’ambiguïté entre fatigue et somnolence persiste parfois jusque dans des documents récents de la sécurité routière, malgré une position très claire dès 2003 du Dr Pierre Philip, un somnologue très impliqué dans la prévention.
On peut observer entre ces deux textes un exemple du glissement insidieux qui se crée entre le message du Dr Philip de 2003 et celui de la Sécurité routière de 2007. L’ambiguïté de sens entre la somnolence et la fatigue n’est donc pas une affaire classée.
Dès lors qu’elle est dépistée, (ce qui n’est pas toujours le cas), le bilan étiologique de la SDE ne pose pas de problème particulier.
L’échelle d’Epworth [9]est un questionnaire rapide et bien validé qui permet de mettre en évidence une SDE chez plus d’un quart de nos contemporains !
Le diagnostic est évoqué à partir d’un score supérieur à 12/24.
Document 1 Les 8 questions de l’échelle d’Epworth :

Certains sujets scorés beaucoup plus haut n’ont aucune conscience de leur état pathologique alors même qu’ils s’endorment au cinéma, sur un parking ou à table.
Cette caractéristique « silencieuse » de la SDE justifierait selon nous la mise en route de programmes de dépistage systématiques sur le modèle de ce qui a été fait contre l’hypertension artérielle, par exemple.
(L’accident de la circulation lié à la somnolence est en quelque sorte l’équivalent de l’accident vasculaire cérébral chez l’hypertendu, on s’aperçoit qu’il y a un problème mais il est parfois trop tard).
Document 2 Arbre décisionnel du bilan d’une somnolence :

En pratique,les principales causes de la SDE sont la privation volontaire de sommeil, la consommation de médicaments neurotropes (somnifères ou non) et le ronflement pathologique.
D’autres causes plus rares comme l’hypersomnie idiopathique ou la narcolepsie sont parfois diagnostiquées à l’issue du bilan étiologique.
[12]
Selon l’enquête Sofres pour ISV de fevrier 2006, 17 % des Français sont considérés comme somnolents [13]
Compte tenu des difficultés de mesure, les statistiques sous-estiment probablement la responsabilité réelle de la somnolence excessive dans les accidents graves. En dehors des risques liés à l’endormissement proprement dit, les performances intellectuelles complexes comme la prise de décision sont très affectées par la SDE (ce point à été mis en avant dans les circonstances de successions d’erreurs humaines ayant conduit aux grandes catastrophes comme, par exemple, Tchernobyl ou le naufrage de l’Amoco Cadiz).
Il a été démontré que les baisses de performances (si préjudiciables à l’entreprise ...) qui frappent, vers 15 heures, certains travailleurs, sont réversibles après une courte sieste sur le lieu de travail. [15]
Attention toutefois de bien connaître le mode d’emploi, les précautions d’usage et les contre indications de la sieste, et à ne pas confondre la sensation de somnolence (qui survient vers 15h) avec le "coup de barre" qui conduit le sujet à s’allonger entre 18 et 21h, très symptomatique de la fatigue (Cf. plus bas).
Contrairement à la somnolence, la fatigue suscite beaucoup de controverses.
Entre les tenants du "tout somatique" (souvent mis en échec par la normalité des bilans) et ceux du tout psychologique (pas toujours plus efficaces), il n’est pas fréquent d’envisager une approche somnologique à la fatigue.
Document 3 : Les 8 questions de l’échelle de Pichot pour l’évaluation de la fatigue :

Certaines échelles de fatigue (comme celle de Pichot [16]) permettent d’estimer rapidement l’intensité du handicap physique et intellectuel qu’elle lui occasionne.
Les troubles fonctionnels ont valeur de signal d’appel de la fatigue. Nous les définissons par une tétrade très caractéristique : ce sont des symptômes inquiétants, capricieux, résistants et de guérison spontanée. (La migraine, la colopathie, et beaucoup de symptômes douloureux comme les lombalgies ou autres Troubles Musculo-Tendineux en sont, selon nous, des archétypes).
Remarques.
Cette ambiguïté entre fatigue et somnolence ne concerne pas l’asthénie, qui est la fatigue associée à une pathologie lésionnelle (infection, insuffisance cardiaquen néoplasie, etc...) et la psychasthénie associée à la dépression nerveuse (qui s’en distingue par les sentiments de tristesse, de découragement et d’auto-dépréciation qui peuvent conduire, au passage, à l’acte suicidaire).
Ici, la fatigue reste totalement inexpliquée et frappe les sujets plutôt volontaires et dynamiques, par à-coups subits qui les forcent à interrompre leurs activités et même à "s’allonger pour se reposer" au cours de la journée (sensation qu’il faut savoir bien distinguer de la somnolence).
Il faut écouter la richesse des termes employés par les sujets fatigués pour comprendre ce qu’ils ressentent. « vidé, crevé, rincé, laminé, ... »
Au début, la fatigue conduit au repos et le sujet arrive à faire des siestes ou à se coucher plus tôt que d’habitude. Mais la sieste ne lui apporte pas le repos qu’il recherche et contribue à diminuer la pression "homéostasique" de sommeil nocturne. À terme, ce comportement conduit inexorablement à l’insomnie.
Selon certains experts, la somnolence est impliquée dans un accident mortel sur trois. Mais les enquêtes officielles effectuées après les accidents ne tiennent encore souvent pas compte des facteurs liés à la somnolence.
Ce malentendu conduit à pratiquer certains enregistrements complets du sommeil (polysomnographie et tests de latence d’endormissement) qui ne peuvent(au mieux) que confirmer l’absence de somnolence véritablement objective et passer la main à un autre spécialiste.
Dans notre expérience, beaucoup de malades fatigués surévaluent leur impression de somnolence.
Cette somnolence non objective traduit en fait un épuisement semblable à celui rencontré expérimentalement (désynchronisation interne) ou lors de jet lag.
les notions de chronobiologie appliquées à la médecine générale peuvent aider le sujet à retrouver la forme par une meilleure efficacité du sommeil.
La problématique du sujet insomniaque est totalement centrée sur celle de la fatigue.
L’insomnie n’existe que parce que le sujet est fatigué (depuis parfois très longtemps) et qu’il accorde de plus en plus d’importance a son sommeil.
Le sujet qui souffre de fatigue a transformé le besoin de dormir en volonté de dormir.
L’insomnie apparaît au stade ou il perd le contrôle sur son sommeil.
La confusion entre les problèmes de fatigue, d’insomnie et de somnolence conduit à la consommation occasionnelle (dite « à la demande ») de somnifères par un sujet qui perd ainsi encore plus confiance dans son sommeil.
Le problème réapparaît dès que le produit n’agit plus. C’est le stade où un véritable syndrome de sevrage fera obstacle à toute tentative d’arrêt mal conduite.
Le cercle vicieux des somnifères vient, ainsi, renforcer le cercle vicieux de l’insomnie.
La médecine du sommeil (hypnologie ? somnologie ?) est encore jeune et manque de précision dans la définition de ces concepts.
Il est important de savoir bien distinguer les différences qui opposent la plainte de somnolence et celle de fatigue car la conduite à tenir n’est pas de même nature. (En pratique, on observe une surévaluation de la somnolence dans les contextes de fatigue, alors que les sujets vraiment somnolents sont, quand à eux largement sousévalués et on reste impuissant devant la plainte des sujets inomniaques).
Rabelais faisait observer que "Les joyeux guérissent vite". De notre point de vue, ce sont de bons dormeurs.
Les troubles quantitatifs (par privation) du sommeil conduisent à la somnolence.
Les troubles qualitatifs conduisent à la fatigue (et son corollaire : l’insomnie) et s’accompagnent de nombreux troubles fonctionnels qui ne guérissent pas vite.
Nous pensons qu’une meilleure définition des concepts de fatigue et de somnolence pourrait contribuer à "rendre joyeux" de nombreux sujets qui luttent au quotidien contre les conséquences d’un trouble qualitatif ou quantitatif du sommeil.
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[1] Louise BÉRUBÉ, Terminologie de neuropsychologie et de neurologie du comportement, Montréal, Les Éditions de la Chenelière Inc.,1991, 176 p., p. 87.
[2] De l’horloge biologique aux rythmes scolaires (Pdf 4 p. Une expertise collective de l’Inserm, de 2001).
[3] "Plan Sommeil 2007", Xavier Bertrand.
[4] « Passeport pour le sommeil »
[5] "La diffusion la plus large de cette manière d’envisager le sommeil devrait entraîner une réduction significative de la prescription de nombreux psychotropes utilisés comme somnifères." Pr. J.L. Valatx, La Revue du Praticien (Paris)1996
[6] "Qui prescrit les hypnotiques ?"(institut-sommeil-vigilance.com).
[7] Dr Pierre Philip : "La privation de sommeil est un risque réel sur la route" (La revue "Sécurité Routière" n° 134, 2003).
[8] Campagne 2007 de la Sécurité routière : "Pausez Vous" "Dormez quand vous êtes très fatigués".
[9] Échelle d’Epworth , Johns MW, "a new method for measuring daytime sleepiness : the Epworth Sleepiness Scale" (Sleep 1991 ; 14:540-5).
Version Anglaise :Sleep Foundation.org, Johns MW, "a new method for measuring daytime sleepiness : the Epworth Sleepiness Scale"]
[10] La revue "Sécurité Routière" n° 139, "Somnolence au volant... connaissez-vous les risques ?"
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[11] Syndrome d’apnée du sommeil de l’adulte (Journal du Jeune Praticien sur "univ-lyon1.fr")
[12] Numéro thématique : Syndrome d’apnée du sommeil : Sommeil et Vigilance n°13,(la revue de la Société Française de Recherche sur le Sommeil).
[13] sources Institut Sommeil et Vigilance.
[14] À bonne sieste, bon coeur, Réseau morphee.
[15] Dormir pour mieux travailler "La France a besoin de repos ..." selon le Dr I Arnulf.
[16] (Échelle de Pichot « Echelles et outils d’évaluation en médecine générale » J. Gardenas et Coll. -Le Généraliste- Supplément du N° 2187 ; Mars 2002).
[17] Communiqué du CNRS sur l’effet "jet-lag" des anesthésies générales (juin 2006).
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[18] Médecine/Sciences ; Volume 20, numéro 1, Janvier 2004, le système endocannabinoîde central.
[19] Etude Sanofi, 2004, sur l’effet du Ribonaban, (bloqueur sélectif des récepteurs endo-cannabinoïdes :CB1) sur l’appétit et la dépendance tabagique .
[20] Génétique et Sommeil . Pr Valatx, (La Recherche, 1976).
[21] Dr Mehdi Tafti,( chercheur spécialiste de la génétique du sommeil).
[22] "La somnolence au volant tue autant que l’alcool",(www.somnolence.be ; Dr Stéphane Noël).
[23] "Supprimer la sieste systématique et non justifiée" , FMC "expression généraliste" 2001.
[24] On qualifie de "zapping médical" la démarche qui consiste à changer sans cesse de médecin. Les réformes de la santé et l’instauration du "médecin référent" sont faites en réaction à ce phénomène qui selon nous, est une des conséquences de la fatigue).
[25] Plaintes somatiques médicalement inexpliquées , Dr Pascal cathebras , Service de médecine interne, Chu St Etienne.
[26] Webscience (Romantic love, hypomania, and sleep pattern in adolescents, J Adolesc Health 2007 ;41(1):69-76.)