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Publié le : 28 juillet 2008
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Auteur :
Bertrand Hue

Bertrand Hue
Internet et Google pour lutter contre les virus
Les épidémies bactériennes et virales traquées sur la toile

Il n’est pas question ici de virus informatiques, mais bien de micro-organismes pathogènes pour l’homme. Les virus ne sont pas les seuls concernés, les bactéries et autres agents contagieux à l’origine d’épidémies font l’objet d’une détection plus rapide et plus efficace que celle des réseaux institutionnels dans certains cas grâce à Internet et à un outil Google.

 

Si l’on en croit "The journal of life sciences", sur lequel est basé cet article, c’est en pleine nuit hivernale, le 9 février 2003, que Catherine Strommen, enseignante dans une école primaire californienne, surfant sur un blog grand public, va être sensible à un message posté par un internaute de la province du Guangdong en Chine, racontant les malheurs touchant son village dans un anglais rudimentaire. Il parlait d’une maladie, débutant sous la forme d’un rhume, qui tuait ses victimes en quelques jours. Un ami de cet internaute était mort à l’hôpital, ainsi que l’ami de sa mère, conduisant à la fermeture de l’établissement par décision administrative ! Le désarroi de ce Chinois était à son paroxysme.

© Sebastian KaulitzkiCatherine Strommen, émue par cette histoire, décide d’envoyer un message électronique à son ancien voisin et ami Stephen Cunnion, médecin en retraite de la marine américaine, spécialisé en épidémiologie. Les premières recherches sur Internet de cet homme pragmatique ne donnent rien et il décide d’écrire à ProMed-mail, système de recueil électronique traitant de l’apparition de nouvelles infections ou toxines, regroupant des praticiens du monde entier appartenant à la Société internationale des maladies infectieuses. Sa question est simple : "Quelqu’un a-t-il déjà entendu parler d’une telle maladie ?"

Suite à ce message, l’équipe de ProMed mène sa propre enquête sur Internet, sans succès. Le 10 février 2003, elle envoie un message électronique, à plusieurs dizaines de milliers de ses membres, intitulé "Pneumonie - Chine (Guangdong) : RFI", RFI étant l’acronyme anglais de "recherche d’informations".

 D’un message posté sur un blog à une alerte mondiale...

Personne ne le sait encore, mais il s’agit de la première alerte concernant le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui va tuer 774 personnes et en rendre malade plus de 8000 dans 27 pays à travers le monde. Cela fait trois mois que l’épidémie a commencé dans la province du Guangdong lorsque ProMed envoie ce premier message. Trois villes ont déjà été infectées. Que se serait-il passé si un médecin chinois avait envoyé un message électronique à ProMed dans les premiers jours de l’épidémie ? Mais surtout, que se serait-il passé si une éventuelle censure gouvernementale avait empêché l’accès à ce blog ? En pleine période de Jeux olympiques, aurait-il été permis de laisser un tel message aux yeux du monde ?

Internet et les nouvelles technologies ont révolutionné le déclenchement des alertes épidémiologiques. Tous les moyens sont bons pour communiquer, y compris des photos de lésions prises avec un simple téléphone portable. L’information peut être diffusée à grande échelle, quasi instantanément. Plus question de travailler seul dans son coin et d’attendre des mois que son travail soit publié pour qu’une alerte soit lancée. Plus besoin d’être un grand scientifique ou un organisme gouvernemental pour être entendu par des milliers de confrères et trouver celui qui aura les connaissances permettant de répondre de façon adaptée à une situation donnée.

 L’épidémiologie révolutionnée par l’Internet

ProMed n’est pas le seul système mis en place. Ces caractéristiques le rendent néanmoins atypique. Il est gratuit, ouvert au public et transparent.
Rien à voir avec une solution comme celle de l’Agence de santé publique du Canada, appelée GPHIN (Global Public Health Intelligence Network), réservée à des clients comme l’Organisation mondiale de la santé et d’autres institutions supranationales ou gouvernementales. Lancé en 1998, le GPHIN agrège 20000 sources pour traquer les épidémies et fournit des rapports toutes les 15 minutes en 9 langues différentes.
Victime de son gigantisme, ce système n’a pas su déclencher l’alerte du SRAS. Il disposait pourtant d’un rapport de novembre 2002 (soit au tout début de l’épidémie) signalant un nombre anormalement élevé de pneumonies dans la province du Guangdong et de l’alerte générée par le rapport économique d’un laboratoire pharmaceutique indiquant un pic dans les ventes d’antiviraux dans cette région. Mais dans un pays de plus d’un milliard d’habitants, en pleine saison d’infections virales bénignes, ces données ont été noyées dans le bruit de fond des informations jugées sans intérêt. Ce n’est qu’après le déclenchement de l’alerte par ProMed que ces données ont pris un sens.

© Franck BostonDifficile de cibler les informations pertinentes et les cas susceptibles de déclencher une alerte mondiale, car faut-il répercuter tous les cas atypiques ayant une origine infectieuse supposée ?

Une nouvelle approche a été mise en place à l’aide des outils Google par John Brownstein, spécialisé en pédiatrie, scientifique chargé d’enseignement à l’université de Médecine d’Harvard. Il s’agit de la géolocalisation en temps réel des maladies. Associé à un informaticien, Clark Freifeld, il a couplé des agrégateurs d’informations (du type GoogleNews ou ProMed) avec le système Google Maps. Grâce à un système de filtres et de mots-clés HealthMap permet de visualiser sur une photo satellite les résultats. D’un seul coup d’oeil, on peut facilement appréhender l’état d’alerte de la planète en épidémiologie infectieuse en temps réel. Des repères de différentes couleurs permettent d’indiquer le niveau d’urgence d’une alerte : un cas de virus Ebola en Ouganda ou de grippe aviaire en Égypte sera marqué en rouge, par exemple.

L’initiateur de ce projet ne veut pas en rester là. Il met au point un système basé sur l’augmentation du nombre de recherches via Google sur certains mots dans une région donnée afin de suspecter la survenue d’une épidémie. Les recherches avec les mots "pneumonie" et "grippe" auraient pu donner l’alerte dans la province du Guangdong en novembre 2002, selon lui.

 La géolocalisation pour combattre la censure

En plus de la rapidité de réaction et de l’échange d’informations permettant un diagnostic précis, l’un des intérêts de ce type de systèmes est que les gouvernements ne peuvent pas passer sous silence l’émergence de nouvelles épidémies. L’Organisation mondiale de la santé dispose d’une liste à accès très restreint faisant état des rumeurs concernant l’éclosion de nouvelles maladies à travers le monde, publiée chaque mercredi. Des solutions comme HealthMap et ProMed, basées sur des outils gratuits et les logiciels libres, permettent à tout un chacun de disposer de ces informations 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Cette transparence met une pression comme il n’en existait pas jusque-là sur les autorités locales, les obligeant à rendre des comptes à la terre entière en cas d’alerte.

Il ne faut pas croire que la France soit en reste dans ce domaine et les grands réseaux de veille sanitaire (comme celui concernant la grippe) sont passés à l’Internet. Le poids des administrations ralentit malheureusement souvent le développement de nombreux outils, dont le dossier médical électronique est l’un des éléments. Il est intéressant de voir que ProMed et HealthMap sont des initiatives médicales privées, adaptées aux besoins des médecins, hors de l’influence gouvernementale et des pressions des associations de patients, qui ont permis de sauver des vies et ont généré des économies inestimables à l’échelon mondial.

Ces solutions ne sont pas pour autant la panacée. Des régions entières de l’Afrique ne sont pas couvertes par Internet et une maladie émergente pourrait y faire des ravages avant que l’alerte ne soit donnée. Il n’y a plus qu’à attendre que chaque mètre carré de la planète ait accès à Internet pour que le réseau de veille soit complet.

L’internaute chinois n’est jamais revenu sur le blog et Catherine Strommen n’a jamais pu lui dire que son message avait permis d’alerter le monde entier...




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