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Les journaux biomédicaux électroniques : toujours pas d’amélioration de la qualité des informations !
Les journaux biomédicaux ont pour vocation de remplir cinq missions : s’assurer de la meilleure qualité possible des textes publiés grâce au système de peer review ; communiquer les résultats originaux des recherches ; réunir des communautés scientifiques et médicales ; archiver le savoir ; œuvrer à la mise en place d’un consensus scientifique autour d’une problématique indépendante des pressions commerciales, politiques, professionnelles et économiques du moment. Ces missions, qui fondent la légitimité de l’existence des revues, doivent perdurer et les nouvelles technologies demeurer au service de la diffusion de l’information, sans en modifier le sens. Les professionnels de santé n’ont jamais eu tant de données à leur disposition, mais ils ne trouvent pas toujours avec plus de facilité que par le passé la bonne information au moment où ils en ont besoin. De plus, lorsqu’ils trouvent une information correspondant à leur thème de travail, ils n’en connaissent pas toujours la fiabilité et le niveau de preuve.
Les changements apportés par l’électronique sont nombreux :
les revues dites électroniques ont d’importants avantages compétitifs sur les revues dites papier (podcasts, inclusion de google map dans des articles d’’épidémiologie, logiciel dans des formules chimiques,...) ; le web 2.0 accentue ces différences ;
la forte pression pour un accès gratuit au contenu des revues : si pour certains ce principe semble acquis, rien n’est encore définitif. Si ce principe devenait réalité, les ressources des maisons d’édition ne proviendraient plus des lecteurs (particuliers, services hospitaliers, bibliothèques), mais d’autres acteurs qui devront supporter les coûts de l’édition (auteurs, institutions, laboratoires pharmaceutiques, … ?) ;
la possibilité pour tout internaute (l’e-patient) d’accéder aux mêmes informations que les professionnels de santé. Le public, avec les scientifiques, a contribué à l’augmentation des consultations de la base de données Medline après sa mise en accès gratuit sur internet : 163 000 recherches en janvier 1997, 12,5 millions en janvier 1999, 64,8 millions en janvier 2005, et 82,3 millions en mars 2007 ; depuis 2007, la croissance a cessé ;
la possibilité de quantifier de plus en plus finement la notoriété de chaque auteur ; le calcul de la notoriété d’une revue (le fameux facteur d’impact) devrait céder le pas au calcul de la notoriété de chaque article (et donc de leurs auteurs) via le nombre de « hits » par exemple pour un article sur un site internet donné ;
la montée en puissance des réseaux sociaux rapidement adoptés par les plus prestigieux journaux et les jeunes générations.
Face à ces technologies, la revue systématique de PLOS ONE publiée en mai 2009 est un excellente étude dans un domaine où peu de données existent ; celui de la falsification des données scientifiques. A partir de 3276 références, l’auteur a inclu 21 articles (de 1987 à 2008) dans une revue systématique et 18 dans une méta-analyse. Plus de 10 000 scientifiques, essentiellement américains (15 études USA), ont répondu à l’enquête. La malveillance a 3 composantes : fabrication, falsification et plagiat. Les résultats étayent des hypothèses admises : environ 2 % des scientifiques admettent avoir fabriqué, falsifié ou modifié des résultats au moins une fois, et environ 33 % admettent d’autres types de pratiques peu recommandables (suppression de données, changement de données sous la pression d’un financeur, etc..). Dans la discussion, l’auteur pense que dans ce domaine, les déclarations sont probablement sous-estimées.....
En 1978, la déclaration d’Alma Ata proposait « La santé pour tous en l’an 2000 » ; actuellement des groupes de travail, sous l’égide d’institution dont l’OMS, nous proposent « l’information pour tous en 2015 ». Cet espoir est fondé sur les facilités d’accès apportés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication : mais est-il réaliste ? L’objectif de « l’information pour tous les professionnels de santé en 2015 » est un bel idéal qu’il faut poursuivre à tout prix. Le succès ou l’échec des journaux du futur à remplir cette mission dépendra plus à notre avis de la faculté qu’auront les professionnels de la santé à changer leurs comportements face à l’abondance d’informations, plutôt qu’à leur capacité à s’adapter à de nouveaux outils technologiques. Une fois de plus, l’homme bien d’avantage que l’outil ou le média, est au cœur du système.
Ce court texte a été préparé à partir d’un article sur l’avenir des journaux biomédicaux électroniques publié dans le supplément internet médical de la Presse Médicale.