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Publié le : 22 décembre 2003
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Auteur :
Michelon

Michelon
Entrée libre partout sur les sites de santé

Consternante, la floraison de pages « réservées aux professionnels » sur tant de sites médicaux est le symptôme moderne d’une véritable maladie du secret qui gangrène les mentalités médicales depuis toujours.

Nous avons vu converger dans les années récentes deux phénomènes : l’évolution des mentalités vers l’exigence du « consentement éclairé », puis vers une véritable participation des patients aux décisions qui les concernent ; et, avec l’Internet, l’apparition d’un média dont une caractéristique est justement la diffusion libre et universelle des connaissances. Voilà le contexte dans lequel des producteurs d’information médicale n’ont rien de plus pressé que de verrouiller les accès de leurs sites !

Sur un site de mathématiques, trouvez-vous une « zone réservée » accessible aux seuls polytechniciens sur présentation de leur carte ? Sur un site d’astronomie, un mot de passe vers des pages « exclusives » pour astronomes ?

Un site médical mis en ligne est l’exact équivalent d’une publication qui, son nom l’indique, est un document public. Sur papier, cela va de la revue-à-comité-de-lecture pour travaux scientifiques originaux aux divers journaux médicaux qui livrent à la profession des documents plus directement utilisables, puis aux articles de vulgarisation et finalement jusqu’aux magazines de santé ou de « santé & beauté » des kiosques. Il est paradoxal que le citoyen lambda puisse se sentir considéré sur nos sites comme un être mineur, exclu de certaines informations, alors que rien n’empêche ce même citoyen de se procurer en librairie les publications médicales les plus pointues.

Résultat : ancrer encore un peu plus cette fausse notion du « secret médical » - lequel n’a rien à voir avec le vrai secret professionnel destiné à protéger l’intimité individuelle de nos patients - et qui dans l’esprit des gens ne peut avoir pour objet principal que de masquer les insuffisances du corps médical, donc induit la méfiance au lieu de la confiance.

Sur un site d’accès totalement libre, il suffit que le public soit honnêtement averti de la nature des documents publiés. D’ailleurs, cessons de le traiter en crétin, l’internaute est bien capable d’en juger lui-même. Il va logiquement à ce qui lui est intelligible et n’a qu’un clic à faire pour fermer une page trop ardue. Ne comprend-il qu’à demi ? Eh bien, voici pour lui une saine occasion d’en converser avec son docteur au cours du colloque singulier.

Rétorquera-t-on que les médecins ont bien le droit d’échanger entre eux des propos, des documents sur leur métier et sur leur pratique sans les répandre sur la place publique ? Mais qui prétend le contraire ? Ils ont pour cela sur l’Internet tous les moyens qu’il faut, dont les accès peuvent sans objection être restreints à la profession, ou à tel ou tel groupe ou sous-groupe de professionnels : forums, listes de discussion, sites FTP, lettres d’information, courrier électronique (éventuellement crypté si le besoin de confidentialité est maximal). Utiliser pour ces échanges privés ou semi-privés les sites Internet, qui sont des publications, relève tout simplement de la confusion des genres.

Finalement la SEULE justification de pages d’accès restreint est la réglementation qui aujourd’hui interdit, en France, la publicité publique des médicaments remboursés par la Sécurité sociale. De ce fait, certains sites qui pour subsister ont besoin de la manne financière des laboratoires ne peuvent l’obtenir qu’en créant des zones fermées au grand public [1].

Un objectif prioritaire des acteurs du Web médical devrait donc être : détruire cette Bastille, obtenir l’abolition de cette contrainte ou, à défaut, trouver comment la tourner sans sortir de la légalité. Et par ce moyen permettre définitivement la suppression d’une anomalie aussi contraire à l’esprit de l’Internet que ces détestables « espaces réservés » sur les sites médicaux.

Œuvrons ensemble pour L’INFORMATION LIBRE SUR LE NET LIBRE. En médecine comme ailleurs. Tout le reste est littérature.

Post-scriptum.
Ce papier a paru en mars 2001 dans la revue WebMed, actuellement en sommeil. Il est reproduit avec l’autorisation de l’éditeur. Il résultait en fait de la compilation d’une intervention faite au Medec sous l’égide de Medipasse et de diverses contributions aux listes de discussion Emilie et MMTplus.

En le mettant en ligne fin 2003, il ne nous apparaît pas qu’il ait complètement perdu de son actualité.

B. Michelon

 

[1] La contrainte maximale en ce domaine pesant évidemment sur les sites diffusés par l’industrie pharmaceutique elle-même, mais ce n’est pas ici la question.




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